Sivan: un mois de paix et d’harmonie
Apprenons à compter selon la Kabbale. Un représente l’unité absolue où l’omniprésence divine englobe tout, où rien n’existe en dehors de Lui. Deux laisse à d’autres créatures la possibilité d’exister avec l’impression d’être séparées et d’avoir une existence indépendante de D.ieu. Trois symbolise l’harmonie et la synthèse entre les deux précédentes perspectives: même les créatures qui se sentent exister de façon indépendante de D.ieu reconnaissent de leur plein gré l’unité profonde qui les unit à leur Créateur.
Trois est différent de un. Au niveau de un, aucune autre existence ne peut avoir de place en dehors de celle de D.ieu. Au plan de deux et trois, les créatures ont conscience de leur propre existence; même si elles sont conscientes qu’il existe un Etre Suprême, leur moi, leur ego déterminent leur existence. Par contre, au niveau du trois, elles transcendent leurs identités individuelles et se considèrent comme faisant partie d’un grand ensemble où chaque individu est important; l’individualité n’occulte pas pour autant la conscience de l’omniprésence divine.
La séquence des mois
La séquence des mois juifs reflète les notions énoncées ci-dessus. Nissan, le premier mois de l’année, est lié à la révélation divine telle qu’elle se révèle dans les miracles qui transcendent la nature. D.ieu fit sortir le peuple juif d’Egypte, même s’il ne méritait pas cette délivrance, en accomplissant des miracles qui brisèrent les lois de la nature. D.ieu montra Sa puissance en faisant fi des lois naturelles qu’Il a Lui-même agencées.
Le second mois, Iyar, est le mois où l’effort de l’homme est mis en exergue. De ce fait, pendant tout le mois, nous comptons le Omer qui offre l’occasion à chaque Juif de pouvoir raffiner son caractère. Aucune fête n’apparaît au calendrier de ce mois si ce n’est le souvenir de la mort des élèves de Rabbi Akiva décimés par une épidémie due à leur manque de respect et d’amour les uns envers les autres.
Sivan est le troisième mois qui tient lieu de synthèse entre les deux premiers mois. La Torah rend possible cette synthèse dans la mesure où elle fusionne, voire harmonise le spirituel et le matériel. Contrairement à Nissan, mois miraculeux par excellence, Sivan reconnaît qu’il existe un ordre naturel des choses au point de nous rappeler «qu’il ne faut pas compter sur des miracle.» La notion d’espace-temps, des limites imposées par la nature revêtent toute leur importance tant dans notre vécu quotidien que dans l’accomplissement des mitsvot. Alors qu’un non juif se forge sa propre conception de la vie, de son travail, de sa subsistance, de ses loisirs et de ses relations avec autrui, la Torah a énoncé des normes et des règles quant à la façon de concevoir et de mettre en pratique ces différentes facettes de la vie. On peut se poser la question suivante : est-ce qu’un Juif pratiquant vit réellement dans ce monde? Certes oui, mais en accord avec la vision de D.ieu et non avec sa propre vision. Dans le cadre de son existence mortelle, l’homme n’est pas voué à vivre une vie purement et bassement matérielle mais au contraire doit viser un objectif plus noble, celui que D.ieu lui a fixé. Autrement dit, vivre dans un monde où D.ieu existe en accord avec un plan divin.
La personnalisation du projet
Il y a des gens qui s’identifient avec la première approche. Leur conception du spirituel implique qu’ils doivent se hisser au-dessus du matériel et entrer dans un espace de méditation où ils pensent pouvoir faire un avec D.ieu. D’autres croient qu’il faut passer leur temps à prier et d’autres encore à étudier. Le point commun de ces approches est qu’elles ne relèvent pas d’une existence et d’une expérience humaines. Au contraire, elles veulent échapper à la condition humaine et entrer dans le monde du divin. D’autres encore ne sont pas prêts à faire ce genre d’engagement. Ils s’identifient plutôt avec le chiffre deux et dès lors, ils s’arrogent le droit de mener la vie comme bon leur semble. Certains peuvent être pratiquants et s’acquittent de leurs devoirs envers D.ieu. En tout état de cause, étant donné que le monde leur appartient, ils ont le droit à part entière de vivre selon leurs propres critères. La Torah préconise une voie médiane. Le monde existe. Il n’est donc point besoin de s’isoler du monde pour vivre une vie spirituelle. D’un autre côté, vivre dans ce monde ne veut pas dire qu’il faille négliger le spirituel. Or c’est là qu’une synthèse s’impose: je vis les pieds sur terre mais je reconnais en même temps que D.ieu est omniprésent dans ma vie. C’est le monde de D.ieu et non le mien. Cela change tout, et surtout notre manière de vivre.
L’orientation future
Malgré la véracité de ces concepts, il faut de nos jours une certaine dose de foi pour les accepter. On aura beau répéter que nous vivons dans le monde de D.ieu, mais quand nous nous levons le matin et que nous sentons notre corps et que nous sommes pleinement conscients du monde matériel qui nous entoure, il paraît très difficile d’apprécier le spirituel. C’est pour cette raison que la venue de Machia’h et l’Ere Messianique qu’il inaugurera sont des éléments fondamentaux de notre foi. A cette époque-là, les concepts qui étaient acceptés par pur acte de foi seront visualisés, comme il est dit «le monde sera empli de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent les lits des mers.» Le monde matériel continuera d’exister mais comme un poisson dans l’eau, il ne se ressentira pas comme une existence séparée de sa source divine. Au contraire, le monde retrouvera sa dimension spirituelle et nous nous identifierons avec la force créatrice qui maintient notre existence.
Une raison pour agir et pas seulement espérer
Parler de la Rédemption n’a pas pour but uniquement de nous assurer un futur prometteur et meilleur mais de nous focaliser sur la réalité actuelle telle qu’elle est. Prendre conscience intellectuellement de la vraie nature du monde dans lequel nous vivons constitue la première étape. Ensuite, nous devons faire en sorte que nos actions soient en parfaite adéquation avec cette prise ce conscience. Depuis 5762 ans, l’humanité s’achemine vers la réalisation de cet idéal. Dans la génération actuelle qui est la nôtre, tels des nains sur les épaules des géants spirituels que furent nos ancêtres, nous pouvons achever ce travail millénaire pour que le monde parvienne à la finalité pour laquelle D.ieu l’a créé.
Chavouot: une alliance renouvelée
Chaque Juif, homme, femme et enfant, était présent lors du Don de la Torah. Si même un Juif, nos Sages disent, avait manqué à l’appel, D.ieu n’aurait pas pu donner la Torah. Nous bénissons D.ieu comme étant «le Donneur de la Torah» en utilisant le présent. Ce qui veut dire que l’expérience sinaïtique n’est pas seulement un événement du passé mais bel et bien un fait qui s’inscrit dans notre vécu quotidien. Cela est d’autant plus vrai dès lors qu’il s’agit de la fête de Chavouot. En ce jour, à la fois le Don et la Réception de la Torah sont renouvelés. Par conséquent, nous avons l’obligation de revivre l’expérience du Sinaï en rassemblant hommes, femmes et enfants pour écouter la lecture des Dix Commandements. Et nos enfants sont encore les plus concernés. Faut-il rappeler qu’avant le Don de la Torah, D.ieu demanda des garants. Et notre peuple proposa plusieurs possibilités : les Patriarches, les Prophètes, etc, et D.ieu refusa. Lorsque le peuple s’exclama «Nos enfants seront nos garants» D.ieu accepta de donner la Torah. Voilà pourquoi chaque année, au moment de Chavouot, il faut mettre l’accent sur la présence de nos enfants à la synagogue en leur faisant prendre conscience de leur rôle et de leur importance dans cette fête.
L’anecdote
L’histoire suivante nous aidera à mieux comprendre l’impact que la Torah peut avoir sur la perception de notre identité et sur la façon d’exploiter notre potentiel.
Un ‘hassid vint trouver le Rabbi pour lui soumettre le problème suivant: son travail lui prend énormément de temps. En effet, il occupe la fonction de directeur dans une école, est éditorialiste pour un journal juif de la ville et écrit plusieurs autres articles pour divers journaux. On lui demande sans cesse son avis, et de surcroît, il est souvent sollicité pour des conférences ici et là. Outre bien sûr les charges familiales au quotidien. Il avoua au Rabbi qu’il ne voyait pas comment il pouvait continuer ce rythme de vie et lui demanda quelles activités il pourrait réduire. Le Rabbi ne lui répondit pas tout de suite et le ‘hassid pensa qu’il devait certainement être en train d’examiner le problème. Lorsque la réponse lui parvint, le ‘hassid fut abasourdi. «Je voudrais que vous preniez de nouvelles responsabilités dans la direction des activités de Lubavitch dans votre ville.»
«Comment est-ce possible?» demanda le ‘hassid. «Je croule déjà sous le poids de mon travail actuel et j’envisage de réduire mes activités!»
«Ce que vous faîtes actuellement,» répondit le Rabbi, «vous ne le devez pas à vos propres forces mais à D.ieu qui est illimité. S’Il vous donne la force d’entreprendre tout ce que vous faîtes maintenant, alors Il vous donnera certainement la force de faire encore plus dans l’avenir.»
L’enseignement est clair: quand un Juif se donne pour servir D.ieu, alors il est capable de trouver de nouvelles sources d’énergie.
Les lectures bibliques de ce mois
Parachat Nasso: on lit toujours cette Sidra à proximité de la fête de Chavouot. Nasso signifie «élévation». Chaque Juif a donc le potentiel de poursuivre son élévation spirituelle en dépassant les limites de son intellect et s’unifier avec D.ieu. Or, un problème se pose ici: on pourrait penser que transcender les limites de notre logique signifie qu’il faut faire fi de notre personnalité et de nos propres désirs. L’approche du Judaïsme ne va pas dans ce sens. Se conformer à la volonté de D.ieu ne veut pas dire qu’il faille oublier qui nous sommes et les capacités que nous possédons. Bien au contraire, nous devons utiliser au mieux ces capacités dans le service de D.ieu.
Parachat Behaaloté’ha: la tribu des Léviim est distinguée du peuple juif pour se consacrer au service de D.ieu. Maimonide dit: «pourquoi la tribu de Lévi n’eut pas de part dans l’héritage de la terre d’Israël? Parce qu’elle a été consacrée au service de D.ieu et pour enseigner au peuple Ses voies droites et Ses lois justes… Elle est donc séparée du monde et constitue la légion de D.ieu…» Et il ajoute: «Pas seulement la tribu de Lévi mais toute personne qui, motivée par son esprit et sa connaissance, serait portée à se séparer des choses mondaines et à se consacrer au service de D.ieu, accède d’emblée au plus haut niveau de Sainteté. D.ieu sera son lot à jamais… et pourvoira à ses besoins comme Il le fait pour les Léviim et les prêtres. »
Parachat Chla’h: cette Sidra se conclut par la mitsvah des tsitsit, ces franges attachées aux quatre coins du châle de prières et du talit katane que nous portons toute la journée.
Quel est le message transmis par les tsitsit?
A ce sujet, le verset dit explicitement: «Et vous les verrez et vous vous souviendrez de toutes les mitsvot de D.ieu.» Quel lien existe-t-il entre les tsitsit et «toutes les autres mitsvot?» Le talit est un vêtement qui couvre le corps tout entier et les tstsit sont des franges séparées. Cela signifie qu’un Juif doit avoir un engagement total et inconditionnel vis-à-vis de D.ieu au point d’englober tous les détails de sa vie. Mais cela n’est pas encore suffisant: il doit se conformer à la volonté divine en respectant les 613 mitsvot.
Les dates à retenir
6 et 7 Sivan (17 - 18 mai): Fête de Chavouot
6 Sivan: - Hiloula de Rabbi Israël Baal Chem Tov (1698-1760), fondateur de la ‘Hassidout, décédé à Médzibouz, en Ukraine.
7 Sivan: jour anniversaire du roi David.
28 Sivan: en 1942, le Rabbi et sa femme arrivèrent en Amérique, laissant derrière eux une Europe dévastée par la barbarie nazie.
La fête de Chavouot
Le Midrache rapporte qu’avant que D.ieu donne la Torah au Peuple Juif, Il a exigé des garants. Nos ancêtres proposèrent plusieurs options: les Patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, Moïse et les autres prophètes. Mais D.ieu rejeta ces propositions. Les mères dirent: «Nos enfants seront nos garants». D.ieu donna Son accord et donna la Torah. En fait, la démarche de D.ieu était évidente: impliquer la jeunesse dans un projet est le gage du succès et de la pérennité du projet. Souvent les parents disent: «nous, nous montrons à nos enfants un chemin à suivre en espérant qu’ils sauront l’apprécier, mais en aucun cas, nous les forcerons à le suivre, car c’est à eux de faire leur choix». Le Judaïsme a un autre point de vue. Avant que les Juifs ne reçoivent la Torah, ils ont dit à D.ieu: «Nous ferons et nous comprendrons» un engagement inconditionnel aux diktats de la Torah avant même de savoir ce qu’elle contenait. C’est cette approche qu’il nous faut inculquer à nos enfants. L’action est primordiale. Ils pratiquent les mitsvot sans en comprendre au départ la logique qui les sous-tend. Elles font partie intégrante de leur existence quotidienne et à aucun moment, ils ne remettent en cause leur bien-fondé. Un déluge d’arguments fait alors rage:«Bourrage de crâne, négation du libre-arbitre, refus de reconnaître la prééminence du monde séculaire et matériel, etc…». Considérer le Judaïsme non pas comme un mode de vie mais comme un passe-temps, une possibilité parmi tant d’autres, ne confronte pas l’enfant à un vrai choix. Chavouot est le moment propice pour réfléchir à notre engagement vis-à-vis de la Torah afin de renouveler notre attachement à ses valeurs sacrées et éternelles.
Le Rabbi de Lubavitch a institué la coutume de recréer l’expérience du Sinaï en demandant aux femmes, hommes et enfants (et même les bébés) de se réunir à la synagogue pour entendre la lecture des Dix Commandements, le premier jour de Chavouot. Mettre en pratique cette coutume c’est en quelque sorte se lier à la Torah d’une façon supra- rationnelle.
‘Hag Saméa’h!
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