Adar : le mois du bonheur

Nos Sages enseignent: "Lorsque Adar arrive, il faut intensifier notre joie. "Tout un chacun comprend l'importance de la joie. La question est de savoir comment le faire. De quelle façon peut-on parvenir à une vraie et une plus grande joie?

Des réponses à portée de main

Prenons l'exemple des médias où l’on entend à longueur de journée: "achetez ceci, mangez cela…Donnez-vous un petit coup de pouce et vous vous sentirez bien et heureux!". Malgré les effets éphémères et ponctuels de ces poncifs, on se laisse avoir par ces pubs lancinantes en sachant pertinemment qu'une fois nos envies satisfaites, la "pêche" disparaîtra aussitôt et on retombera dans la mélancolie et le stress. La devise trompeuse est "carpe diem", il faut saisir le plaisir immédiat et le savourer sur le vif. Les projets à long terme nous laissent indifférents. Ce bonheur à bon marché nous fait perdre la dimension fondamentale de notre condition d'être humain. Est-ce que la seule satisfaction de nos besoins et de nos désirs ne nous rabaisseraient pas au rang de l'animal? D'une manière plus raffinée et plus sophistiquée que les animaux certes, nous recherchons le plaisir des sens dans les choses matérielles qui nous entourent.

Redéfinir les perspectives

La pensée 'hassidique enseigne: "la joie brise toutes les barrières." Très simplement, cela signifie que lorsqu'on est joyeux, on peut dépasser les contraintes extérieures et celles de notre propre personnalité, agir librement et parler à autrui sans se soucier des normes sociales ou même de l'image de soi. La joie est la force et la dynamique nécessaires qui nous permettent de transcender toutes les limites: soucis, anxiété, inquiétudes liés au stress de la vie quotidienne.

Une joie durable

Mais la question revient avec encore plus de force : comment faire pour que cette joie perdure? Il y a des gens qui sont heureux de vivre de manière naturelle, sans aucun effort particulier , comme si chez eux, cela était inné. Ne vous est-il jamais arrivé de sortir de chez vous un matin où le soleil brille, les fleurs sentent bon, les oiseaux gazouillent et le monde entier semble vous sourire. Hélas, ces sentiments ne durent pas longtemps car la réalité quotidienne revient au galop. Exaltation et ivresse momentanées, joie spontanée aux lendemains incertains. Est-ce là la vraie définition du bonheur? Pensez-vous qu'un ivrogne qui chante à tue-tête soit vraiment heureux?

Une vie pleine de sens

Certainement pas. Sa joie sonne faux parce que sa vie est vide de sens et de but. Quand on a un but dans la vie, qu'il soit égocentrique comme la réussite sociale ou altruiste comme l'aide à autrui, alors notre bonheur se définit par rapport au but accompli. Il est vrai aussi que ce bonheur n'est jamais parfait, il subit des aléas, des hauts et des bas. L'ivrogne ne peut pas être déçu car il n'attend rien de la vie, il erre sans but ni raison d'être. L'alternative est double: allons-nous choisir un bonheur en dents de scie, fait de hauts et de bas ou l'existence insouciante de cet ivrogne sans but réel dans la vie? Selon le Judaïsme, il est possible d'avoir à la fois un but et une direction précis et accepter librement de se soumettre à la Volonté de D.ieu. Accepter le joug divin, c'est accepter de ne pas vivre uniquement pour soi-même. Nos besoins et nos désirs ne sont plus une fin en soi. Pour autant, cela ne signifie pas que l'on abandonne tout pour obtenir rien en échange. Nous avons la garantie que notre héritage de 3500 ans est là pour donner un sens profond à notre vie. Tant que l'on est uniquement concerné par la gratification de nos plaisirs, on ne pourra jamais être pleinement satisfait parce que la question sera toujours de savoir : comment puis-je faire pour jouir encore plus de la vie matérielle? Par contre, si le bonheur ne devient une fin en soi, alors on pourra apprécier chaque moment de la vie.

La joie illimitée de l'ère messianique

Le Peuple Juif vivra le vrai bonheur à l'Ere Messianique qui sera couronnée par "une joie éternelle" lorsque Machia'h nous conduira en Erets Israël. Puisqu'à cette époque, "la seule occupation du monde consistera à connaître D.ieu", nous pourrons, dans la paix et la prospérité, apprécier notre lien avec D.ieu et Sa volonté. Il nous est possible dès maintenant d'avoir un avant-goût de ce bonheur par l'étude de textes relatifs à l'ère messianique où se concrétisera la prophétie "une voix de félicité et une voix de réjouissances empliront les rues de Jérusalem."

La fête de Pourim

Lorsque Mordé'haï dit à Esther qu'elle devait se rendre chez le roi A'hachvéroche pour lui demander d'annuler le décret d'Haman, elle répondit à Mordé'haï: "Rassemble tous les Juifs… et jeûnez pour moi; abstenez-vous de manger et de boire pendant trois jours." En outre, elle promit: "Moi et mes servantes jeûnerons aussi." A première vue, un jeûne de trois jours avait toutes les chances de compromettre la réussite de sa mission, et qui plus est, de mettre sa vie en danger. En effet, cela faisait un mois qu'Esther n'avait pas été convoquée par le roi, signe évident de disgrâce. En se présentant devant lui sans y avoir été invitée, elle risquait la mort.

Pourquoi A'hachvéroche était-il attiré par elle? Pour sa beauté; Or, si elle comptait sur sa beauté pour obtenir les faveurs du roi, ce jeûne allait à l'encontre de ses espoirs. Esther savait que ce décret "n'était pas un produit du pur hasard, mais dû à la mauvaise conduite du Peuple Juif". Nos Sages disent qu'Haman lança son décret d'extermination parce que les Juifs "avaient participé au festin d'A'hachvéroche". Considérant que le décret royal n'était que la manifestation physique d'un décret divin, Esther a jugé qu'avant de faire appel au roi, il fallait d'abord annuler la cause spirituelle de ce décret par la techouvah. Et dans la mesure où la participation au festin fut la cause directe du décret, le jeûne imposé par Esther était de rigueur. Par ailleurs, la faute plus grave encore fut que les Juifs eurent un plaisir tout particulier à faire partie des festivités organisées par le roi. Cette satisfaction des sens, l'invitation à une fête royale qui célébrait la destruction du Temple, montrent à quel point les Juifs de cette époque étaient dominés par les valeurs et les mœurs des non juifs. L'appel d'Esther pour un jeûne collectif et sa démarche irrationnelle auprès du roi après trois jours de jeûne furent en quelque sorte une manière de rappeler à son peuple que la destinée du Peuple Juif repose avant tout sur son attachement à D.ieu et à Sa Torah. Le jeûne, les prières les supplications et la techouvah des Juifs constituèrent le préalable et la condition sine qua non à sa démarche diplomatique auprès d'A'hachvéroche. Une fois que les raisons spirituelles du décret d'Haman furent annulées, le roi A'hachvéroche allait servir de catalyseur au miracle que D.ieu était prêt à faire pour sauver Son peuple de la mort certaine.

Une seule et unique nation

La Kabbale explique que l’histoire de Pourim peut se lire à plusieurs niveaux. Les rebondissements qui agitent la cour perse reflètent l’interaction de forces mystiques dans les mondes spirituels. La plaidoirie d’Haman, le méchant de la saga de Pourim, devant A'hachvéroche, le monarque perse, en vue de détruire le Peuple Juif ne fut pas seulement le projet funeste d’un ministre fou et antisémite, mais ce fut aussi la manifestation matérielle d’une accusation céleste proposée à D.ieu, le Roi des Rois, par les forces du mal. Quelle était la teneur de cette plaidoirie? «Il existe une nation dispersée et éparpillée…».

Sur un plan spirituel, les mots d’Haman vont bien au-delà d’une simple notion géographique. Car les Juifs n’étaient pas seulement disséminés parmi les nations mais ils souffraient aussi d’une division interne. A cause de leur discorde et de leur manque d’unité, la requête d’Haman fut acceptée non seulement par le roi A'hachvéroche mais aussi par D.ieu. Ainsi, lorsque la gangrène de la fracture sociale existe au sein de notre peuple, cela peut donner lieu à un décret céleste de destruction. D’ailleurs, dans le décret d’Haman même, on trouve une allusion à l’unité du Peuple Juif. En effet, son plan consista à «tuer et annihiler tous les Juifs, jeunes et vieux, enfants et femmes, en un seul jour». Haman ne visait pas le Juif en tant qu’individu mais bel et bien la nation juive tout entière.

La restauration de l’unité et de la cohésion de notre peuple entraîna automatiquement l’abolition du décret d’Haman. Lorsque Mordé’haï, le leader du Peuple Juif à cette époque, demanda à Esther de plaider la cause de son peuple auprès du roi, elle répondit en disant: «Va rassembler tous les Juifs!». Esther était pleinement consciente que sa plaidoirie ne serait couronnée de succès que si son peuple regagnait l’unité perdue et annulait ainsi la cause première, spirituelle, qui avait entraîné le décret.

Les Juifs se réunirent alors dans un commun effort pour étudier la Torah et la moisson de cet effort se fit ressentir dans les mondes spirituels. Constatant que l’harmonie et l’unité étaient revenues au sein de Son peuple, D.ieu décida alors de sauver les Juifs de la destruction totale. Dès lors, on peut donner une interprétation positive au discours d’Haman selon lequel «Il existe une nation dispersée et éparpillée parmi les peuples».

Malgré le pluralisme culturel de leurs terres d’accueil, les Juifs demeurent «une seule et unique nation». Malgré leurs différences, les Juifs, grâce à la Torah, maintiennent leur unité profonde. Pourquoi cette unité est-elle si centrale pour notre peuple? Parce que l’homme n’a pas été créé pour vivre seul. Seule l’union forge véritablement notre force et la survie de notre entité physique et spirituelle. Les intérêts et les enjeux personnels et individuels s’effacent devant l’intérêt collectif de la communauté. Ceci étant, l’individu ne perd pas pour autant son importance. Le rôle majeur qu’ont joué Mordé’haï et Esther dans l’histoire de Pourim sont là pour nous le confirmer.

Pourim n’est pas seulement l’histoire d’un passé. Le thème d’unité imprègne, encore et toujours, la célébration de cette fête à travers deux mitsvot essentielles: Michloa’h Manot, l’envoi à un ami d’un mets comestible et Matanot Laévionim, donner la tsedaka à au moins deux pauvres.

A propos de la fête de Pourim, nos Sages affirment qu’à l’ère messianique, toutes les fêtes seront annulées sauf Pourim (et selon certaines opinions, même ‘Hanoucca). Parce que Pourim est une fête née de l’exil douloureux de notre peuple, la joie de sa célébration perdurera à jamais.

Les lectures bibliques de ce mois

Parachat Teroumah: on y trouve le commandement de construire un sanctuaire pour D.ieu en ces termes: "Et ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux." Le Sanctuaire et le Temple de Jérusalem étaient l'endroit que D.ieu avait choisi pour y faire résider Son nom. Ils étaient Sa maison sur terre. Tout comme un homme vit et s'exprime librement chez lui, de même D.ieu dévoile sans restrictions Sa présence dans le Temple. Actuellement, en l'absence du Temple, le foyer juif et chaque juif individuellement représentent un temple miniature où D.ieu accepte de faire résider Sa présence.

Parachat Tétsavé: la Torah ordonne de construire l'autel en or situé à l'intérieur du Sanctuaire. La Sidra de la semaine passée parlait du commandement de construire l'autel extérieur. Or, une question se pose: pourquoi les deux autels ne sont-ils pas mentionnés en même temps et pourquoi d'autres commandements viennent-ils s'interposer entre eux? La réponse à ces questions est fondée sur l'idée que le Sanctuaire est symbolisé par le sanctuaire que représente le cœur de chaque Juif. L'autel extérieur, ce sont les sentiments que l'on extériorise vis-à-vis d'autrui; l'autel intérieur, ce sont les sentiments que l'on garde pour soi, dans son jardin privé. Par ailleurs, sur l'autel extérieur, on offrait des sacrifices. Or, en hébreu, le terme korbane, sacrifice, signifie aussi "s'approcher". C'est dire que les sacrifices permettaient à l'homme de se rapprocher de D.ieu. Par contre, sur l'autel intérieur, on offrait le kétoret, l'encens, qui en hébreu signifie aussi "lien". L'encens permettait d'établir un lien plus profond avec D.ieu.

Parachat Ki Tissa: on peut y lire les Treize Attributs de Miséricorde, une expression de la bonté et la compassion divines sans limites. D.ieu a promis à Moché que chaque fois qu'il évoquerait ces Treize Attributs, Il accorderait Son pardon et Sa compassion au Peuple Juif.

Parachat Vayakhel et Pekoudé: la Sidra Pekoudé conclut le livre de l'Exode. On y lit à la fin: "La nuée recouvrait la Tente d'Assignation et la gloire de D.ieu emplissait le Sanctuaire… Car la nuée reposait sur le Sanctuaire à la vue de toute la Communauté d'Israël à travers ses voyages." Le Livre de l'Exode commence par le récit de l'esclavage des Juifs en Egypte, se poursuit par le récit de leur libération et enfin par le point culminant: le Don de la Torah et la construction du Sanctuaire. Notre histoire est celle d'un constant progrès, d'une avancée permanente qui aboutissent à la révélation de la Présence Divine dans le sanctuaire. Mais la Torah souligne que la Présence divine n'est pas une fin en soi car il est écrit juste après: "Quand la nuée se levait… les Enfants d'Israël se mettaient en marche." Le service divin exige un progrès constant. On ne peut pas "se reposer sur ses lauriers" mais chercher toujours à s'élever dans la sainteté jusqu'à atteindre le paroxysme de cette élévation: la Délivrance finale par notre juste et saint Machia'h.

Les Mitzvot de Pourim

En plus du devoir d'écouter la lecture de la Méguila à Pourim, tant le soir que le matin: Jeudi soir 8 mars et Vendredi matin 9 mars, c'est une obligation personnelle pour les garçons à partir de treize ans, et les filles à partir de douze ans, d'observer également les Mitzvot de Michloa'h Manot et Matanot Laévionim. Et dans un but éducatif et d'entraînement, les enfants plus jeunes devraient aussi être encouragés à observer ces Mitzvot.

En général l'accomplissement des Mitzvot par les enfants a une importance toute spéciale. Le saint Baal Chem Tov dit: "l'un des plaisirs les plus appréciés par D. est celui d'entendre les enfants dire Amen et chanter Ses louanges de leurs lèvres pures". La présence Divine est particulièrement là où sont les enfants, et ce en raison de leur pureté et de leur innocence.

Ces Mitzvot peuvent aisément être accomplies. Dans le cas de Michloa'h Manot: au moyen de deux espèces de comestibles (par exemple: une pomme et une friandise; ou une tranche de gâteau et du soda ou du jus de fruit); dans le cas de Matanot Laévionim: au moyen de deux pièces de monnaie, chacune à un pauvre différent.

Nous faisons un repas de fête au cours de la journée de Vendredi, celui-ci devra commencer au plus tard à la fin de la matinée.

Nous ajoutons le passage Al hanissim dans la prière et le birkat hamazone (actions de grâce après un repas).

Pour obtenir un guide de Pourim ou connaître les horaires de lecture de la Méguila dans votre communauté, adressez-vous à votre Centre 'Habad Lubavitch le plus proche.

Adar: les dates à se rappeler

7 Adar: Anniversaire et jour du décès de Moché Rabénou.

13 Adar - Le Jeûne d'Esther: Nous jeûnons la veille de Pourim, cette année le Jeudi 8 Mars, cela commémore le jour où les juifs se consacrèrent à la prière et au jeûne avant la bataille victorieuse.

14 Adar – Pourim

25 Adar: Anniversaire de la naissance de la Rabanite 'Haya Mouchka, épouse du Rabbi de Lubavitch (5661/1901).

 

Joyeux Pourim à tous !

 

 

 

 
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