Tamouz : le quatrième mois

La Torah, considérant Nissan comme le premier mois de l’année, fait référence au mois de Tamouz comme étant le « quatrième mois ». Dans la numérologie hébraïque, le chiffre 4 correspond à la lettre dalet. Or dalet a le même radical que dalout qui signifie « pauvreté ». Quel est donc le lien entre ces deux concepts?

D’après la Kabbale, les chiffres 1, 2 et 3 sont le reflet de l’influence divine, chacun étant associé à la révélation de l’un de Ses attributs.

Le chiffre 4 par contre met en valeur les efforts que l’homme entreprend de faire de sa propre initiative. Pendant les trois premiers mois, notre service spirituel consiste à répondre à l’appel de D.ieu : Il nous comble de Ses bienfaits et c’est à nous de nous montrer sensible à ces marques d’amour en réagissant de la manière la plus appropriée. En Tamouz, le quatrième mois, le Juif doit éveiller toutes ses ressources spirituelles. Plutôt que de nous focaliser sur ce qui nous est donné d’en-Haut, on doit exploiter les forces que nous possédons au fond de nous. C’est donc en ce sens que le dalet est associé à la « pauvreté », car au lieu de compter sur les bienfaits abondants de D .ieu, le champ est ouvert à notre action propre.

Le plan du Maître d’œuvre

On pourrait poser la question : pourquoi le service divin des trois premiers mois ne suffit-il pas? Pourquoi l’homme doit-il servir D.ieu par ses propres efforts? A priori, répondre par des actes concrets et positifs aux bienfaits divins est en soi bien supérieur dans la mesure où ces bienfaits émanent du D.ieu infini. Alors comment l’homme peut-il, dans sa finitude, espérer, par des efforts forcément limités, toucher à l’infini? La résolution de ce problème relève d’une question d’une plus large portée. Nos Sages affirment que D.ieu a créé le monde parce qu’Il a désiré avoir une demeure dans ce monde ici-bas. Son dessein initial est que l’homme ancré dans la réalité matérielle et physique transforme « sa maison », à savoir son foyer et l’environnement matériel dans lequel il évolue, en « une maison divine ». Pourquoi a t-Il désiré cela? Les mondes supérieurs avec leur cortège de myriades d’anges ne Lui suffisaient-ils pas? Décidément non ! Le service des anges ne Lui apporte rien de nouveau car ce ne sont que des robots spirituels. Certes, la pureté de leur amour et de leur crainte surpasse de loin celle des hommes. Mais comment pourrait-il en être autrement dans la mesure où dans la sphère de  leur existence, ils n’ont pas d’autre perception que la divinité et que leur cœur ne peut concevoir d’autres sentiments que l’amour et la crainte de D.ieu. Or, D.ieu voulait aussi une autre sorte de service : Il a conçu un désir et un plaisir, par nature inexplicables, de voir un homme, inséré dans le monde matériel, entouré et attiré par les plaisirs matériels, se débattre pour aspirer au plaisir de Le servir. C’est bel et bien un écart par rapport à la norme, une totale métamorphose que D.ieu attend de nous.

Exploiter notre potentiel divin

Pourquoi cet écart et cette métamorphose sont-ils considérés comme un avantage ? Parce que tant dans le monde matériel que dans les sphères spirituelles il existe une seule et unique entité, D.ieu, qui puisse être à l’origine de cette transformation. En effet, chaque entité matérielle ou spirituelle existe avec ses potentiels spécifiques dans un cadre circonscrit.

Leur raison d’être consiste à révéler leurs potentiels spécifiques. Mais cela ne constitue pas une transformation véritable et nouvelle, car le potentiel et les moyens d’exprimer ce potentiel existaient déjà. L’homme et l’ange, chacun dans leur domaine, ne font qu’exploiter leur potentiel propre et inhérent à leur nature. Où pouvons-nous puiser la force d’accomplir quelque chose de  radicalement nouveau ? Dans l’Essence de D.ieu. D.ieu n’étant pas limité, Lui seul a la capacité de créer une dimension qui n’existait pas auparavant. C’est ce qui a fait dire aux ‘hassidim : « D.ieu a créé la matière à partir du néant, l’homme doit créer du néant à partir de la matière. » En d’autres termes, il s’agit pour nous de révéler l’étincelle divine qui anime la réalité matérielle. L’osmose entre le matériel et le spirituel, deux entités apparemment opposées, constitue une acte de métamorphose, voire de création ex-nihilo. Tel est donc la supériorité du mois de Tamouz durant lequel l’homme crée, par ses propres efforts, une demeure pour D.ieu.

Le cadeau du Rabbi

Pour tous ceux qui ont été touchés, de loin ou de près, par le Rabbi de Lubavitch, le mois de Tamouz est un mois-phare dans la mesure où nous commémorons sa Hiloula, le jour-anniversaire de son départ physique de ce monde. Un lien intime existe entre le Rabbi et les idées que l’on vient  d’évoquer plus haut, car le Rabbi, par son exemple personnel, son encouragement et son influence spirituelle, nous a donné la force de dévoiler ce potentiel de métamorphose. Expliquons-nous : si la création ex-nihilo est un acte créateur divin, comment l’homme peut-il créer du spirituel ? La raison est que D.ieu S’est investi en chacun de nous. Chaque Juif possède une âme divine, partie intégrante de D.ieu, une sorte de microcosme de Son Etre. C’est en raison de ce potentiel divin en nous que nous pouvons créer une nouvelle conscience spirituelle. Pour la plupart d’entre nous, ce potentiel reste voilé, latent, du fait de notre vie matérielle qui nous fait oublier facilement l’aspect divin de notre personnalité. Or le Rabbi est là pour nous le rappeler. Le Rabbi a toujours veillé à dévoiler l’étincelle divine qui gît au fond de nous et le dessein divin qui anime la création.

Rechercher l’ultime concrétisation

Ceci nous permet de comprendre l’emphase que le Rabbi a mis particulièrement sur l’avènement messianique et le lien étroit que beaucoup font entre le Rabbi et l’imminente Rédemption. Il est normal et naturel qu’un homme de son calibre qui a consacré toute sa vie à D.ieu et au spirituel aspire profondément et de toute son âme à l’avènement de cette ère messianique où les vérités énoncées dans la Torah se traduiront concrètement. Depuis son jeune âge, le Rabbi aspire à cet avènement. Il nous enseigne à nous focaliser toujours sur les dimensions spirituelles de chaque être, quelle que soit la situation où l’on se trouve. Il nous fait prendre conscience que nous nous trouvons au seuil de la Délivrance finale, et que par conséquent, nous devons canaliser toutes nos énergies pour passer ce seuil. Forts de ses enseignements, nous devons, pour accélérer la venue de Machia’h, intensifier notre étude de la Torah, notre pratique des mitsvot, des actes de bonté et de générosité.

Les lectures bibliques de ce mois

Parachat Kora’h : après la rébellion de Kora’h, lorsque D.ieu dit à Moïse et Aaron : « Séparez-vous de cette communauté et Je les exterminerai en un instant, » ces derniers Lui répondirent : « A cause de la faute d’une seule personne Tu exercerais Ton courroux contre toute la communauté ? » Les commentaires expliquent que Moïse et Aaron demandaient à D.ieu de faire le distinguo entre Kora’h qui a agi avec préméditation et ceux qui furent entraînés dans son sillon. Ce faisant, ils soulevèrent un problème majeur dans la pensée juive : quelle relation D.ieu entretient-Il avec les pécheurs ? A priori, lorsqu’un individu s’éloigne de D.ieu, pour quelle raison D.ieu à Son tour s’éloignerait-Il de lui ? En réalité, comme on le voit dans ce récit, D.ieu n’agit pas de la sorte. Dans Sa magnanimité, Il donne au pécheur maintes occasions de revenir et de renouer son lien intime vers Lui.

Parachat ‘Houkat-Balak : les ‘houkim, les décrets divins, sont uniques. Les michpatim, les Jugements, sont des commandements relevant de la logique. En effet, même si la Torah ne les avait pas ordonnés, l’homme aurait éprouvé le besoin de les mettre en pratique. Il n’est guère nécessaire d’être D.ieu pour savoir qu’il ne faut pas tuer, voler ou commettre l’adultère. Les edout, les Témoignages, commémorent certains événements de notre histoire. Nous observons le Chabbat pour nous souvenir que le monde a été créé en sept jours ; nous mangeons des matsot à Pessa’h pour nous rappeler les matsot que nos ancêtres ont consommées lors de la sortie d’Egypte. Si D.ieu ne nous avait pas commandé ces mitsvot, nous ne les aurions probablement pas inventées. Une fois qu’elles ont été données, nous pouvons comprendre leur sens et leur raison d’être.

Les ‘houkim font partie d’une autre catégorie de mitsvot en ce sens qu’aucune raison apparente n’est donnée pour justifier leur observance. Nous les accomplissons uniquement parce que D.ieu a commandé de les faire. Et pourtant, nous voyons bien que certains éprouvent de la joie à les accomplir. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces mitsvot dépassent notre entendement et notre volonté. En respectant ces mitsvot, un Juif se lie avec D.ieu au plus haut niveau. Il s’agit ici d’accomplir la Volonté Divine uniquement parce que D.ieu l’a voulu ainsi. Par essence, ceci constitue le summum de la satisfaction qu’une personne peut ressentir.

Balak, le roi de Moab, craignait que les Juifs l’attaquent, lui et son peuple, sur le chemin qui devait les mener en Erets Israël. Pour parer au pire, il loua les services de Bilaam, un prophète non juif, pour maudire les Juifs. Tout empressé que fût Bilaam de faire la volonté de Balak, chaque fois qu’il s’apprêtait à maudire le peuple juif, D.ieu l’obligeait à proférer des bénédictions. Ses bénédictions s’avérèrent si puissantes qu’elles furent consignées dans la Torah pour l’éternité à tel point que certaines ont pris une place de choix dans nos prières.

Lorsque Bilaam vit que D.ieu ne lui permettait pas de maudire le Peuple Juif, il chercha à lui faire du mal d’une autre manière. « Leur D.ieu », dit-il à Balak, abhorre l’immoralité. Envoie tes femmes les séduire ! » Balak s’exécuta et en conséquence, une plaie s’abattit sur le peuple, tuant des milliers de personnes. Nos Sages demandent : « Pourquoi D.ieu a-t-Il doté du don de la prophétie un homme aussi pervers que Bilaam ? » Et ils nous donnent une explication : à l’ère messianique, les non juifs se plaindront à D.ieu en invoquant le fait que les Juifs ont pu avancer sur le plan spirituel parce qu’ils avaient de grands prophètes. Ce à quoi D.ieu répondra que la prophétie n’est pas la seule cause de l’élévation spirituelle des Juifs, et la preuve en est que, malgré le don de prophétie de Bilaam, cela ne l’a pas empêché de sombrer dans l’immoralité et d’entraîner les autres dans son sillon. Ce récit recèle un enseignement important. Le Judaïsme ne conçoit pas une quelconque coexistence entre l’élévation spirituelle et une conduite immorale. On doit se servir de notre maturité spirituelle pour améliorer notre pratique quotidienne, et non pas comme un épouvantail pour en tirer orgueil.

Parachat Pin’has : nos Sages identifient Pin’has au prophète Elie, héraut de la Rédemption. En fait, la fonction d’Elie sera bien plus que l’annonciateur de bonnes nouvelles. Il instaurera aussi l’amour et l’harmonie qui fera de la Rédemption une réalité. Ainsi, le prophète Mala’hi affirme qu’Elie « ramènera (vers D.ieu) le cœur des parents grâce aux enfants et le cœur des enfants vers les parents. » De même, Maimonide écrit que Elie « viendra uniquement pour semer la paix. » Car paix et harmonie seront les conditions sine qua non de la venue de Machia’h. Nous avons là une leçon à dégager pour nous tous : œuvrer à forger l’harmonie et la paix entre les hommes constitue une assurance de la venue imminente de Machia’h.

Parachat Mattot-Maassé : nous lisons deux parachiot cette semaine et toutes deux ont un lien étroit avec le mois de Tamouz. En effet, Mattot traite surtout de la guerre que les Juifs ont faite contre Midiane. Selon nos Sages, Midiane symbolisent la querelle et l’inimitié. Or, faut-il rappeler que le Temple a été détruit à cause de la haine gratuite qui régnait entre les Juifs de l’époque.  Aujourd’hui aussi et surtout, nous devons combattre le  « midiane » qui est en nous en extirpant tout sentiment négatif envers autrui, en mettant l’emphase  sur l’amour gratuit, l’entraide et le respect mutuel.

Parachat Maassé décrit les frontières d’Erets Israël et la manière dont la Terre Sainte doit être répartie. Ceci doit nous rappeler aussi que notre situation exilique est anormale et que notre vraie terre, c’est Erets Israël qui nous été octroyé par un don de D.ieu.

Les dates à retenir

3 Tamouz: Disparition physique du Rabbi (1994).
La condamnation à mort du Rabbi précédent (Rabbi Yossef Yits’hak) par les autorités russes fut commuée en trois ans d'exil.

12 et 13 Tamouz: anniversaire du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak, en 5640 (1880). En 5687 (1927), le Rabbi précédent fut emprisonné pour avoir répandu le Judaïsme et la ‘Hassidout malgré les persécutions des autorités communistes. Il fut condamné à mort et ce fut par miracle que sa sentence de mort fut commuée en exil en Sibérie pour être finalement libéré. Par la suite, le 12 et 13 Tamouz sont devenus des «fêtes consacrées à l’expansion de la Torah.»

17 Tamouz: cette date commémore un jeûne public qui nous rappelle cinq événements tragiques de l’histoire juive:
1) La faute du Veau d’Or et la destruction des Tables de la Loi contenant les Dix Commandements.
2) La brèche opérée dans les murailles de Jérusalem durant le siège de la ville  par les Romains.
3) La cessation des sacrifices dans le Temple pendant le siège, avant la destruction du Temple.
4) L’érection d’une statue d’un dieu grec dans le Temple.
5) La Torah fut brûlée publiquement.

 

Les trois semaines

Trois semaines séparent le jeûne du 17 Tamouz, commémorant la destruction des murailles de Jérusalem, du 9 Av qui marque la destruction totale de Jérusalem. Ce sont trois semaines de deuil durant lesquelles on ne célèbre pas de mariages et on ne se coupe pas les cheveux. Car nos Sages disent que quiconque n’assiste pas à la reconstruction du Temple pendant sa vie doit considérer comme s’il avait été détruit de son vivant. Il nous incombe donc de nous souvenir des causes qui ont conduit à cette destruction et tâcher de les éradiquer. Mais il ne s’agit pas de sombrer dans un excès de tristesse ; bien au contraire, il faut  s’employer à faire les efforts nécessaires pour enclencher sa rapide reconstruction. Dès lors, il est conseillé d’étudier les lois concernant la construction du Temple. L’étude de ces lois sera considérée, dans les termes du prophète Ezékiel, comme si nous avions reconstruit en quelque sorte le Temple.

 

 

 
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